En France, on ne rigole pas avec l’enlèvement parental

Journal LIBERATION

http://www.liberation.fr/societe/0101316572-un-pere-cache-ses-fils-pendant-dix-ans

Société 3 fév. 10h12

Un père arrêté pour avoir caché ses fils pendant dix ans

Un homme de 52 ans a été interpellé vendredi dans l’Ariège. Il est soupçonné d’avoir enlevé ses deux enfants en 1998 alors qu’ils vivaient avec leur mère.

Un homme de 52 ans, soupçonné d’avoir enlevé en 1998 ses deux fils (âgés de 6 et 7 ans au moment des faits), a été arrêté vendredi à Massat, dans l’Ariège. Il a été écroué à la prison de Foix.

En janvier 1998, il avait enlevé ses deux fils alors qu’ils vivaient avec son ex-femme aux Adrets de l’Esterel, dans le Var. Condamné par défaut en 2005 à deux ans de prison pour «soustraction d’enfants», l’homme a été «interpellé vendredi à Galant, un hameau où résident plusieurs personnes désireuses de vivre dans une autarcie certaine, entre élevage et travail de la terre», a précisé le procureur de la République.

Selon Le Parisien, «c’est finalement un renseignement parvenu aux gendarmes les alertant sur la ressemblance troublante entre le portrait des deux enfants disparus et les adolescents vivant dans le hameau perdu de Galant qui a permis de mettre fin à la cavale du père».

Toujours selon le quotidien, le père avait emprunté une fausse identité dans l’Ariège: «il était connu sous le nom de Michel Duchesne, éleveur de chèvre et de moutons.»

Les deux ados, âgés aujourd’hui de 17 et 18 ans se trouvaient en Corse vendredi lors de l’interpellation de leur père. Ils sont rentrés à Foix dans la nuit de samedi à dimanche. Ils ont été rejoints quelques heures plus tard par leur mère, résidant à Saint-Raphaël (Var).

(Libération.fr avec AFP)

Au Japon, l’argent s’invite souvent au centre de la vie de couple

Journal LA CROIX 23/12/2008 20:30
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2360109&rubId=4077

Au Japon, l’argent s’invite souvent au centre de la vie de couple

Le faible taux d’emploi chez les femmes et le coût de l’éducation des enfants contribuent à monétiser les relations conjugales

« Selon mes parents, espérer un mariage d’amour relève du fantasme. Ils m’ont appris que l’amour et la vie de couple sont deux choses à ne pas confondre », explique Mlle K., une jeune trentenaire née à Shimane, dans l’ouest du Japon.

Le magazine économique Aera a publié en novembre une étude sur ces Japonaises en quête de mariage. Un phénomène important puisque, selon les chiffres de 2005, 32 % des femmes entre 30 et 34 ans étaient célibataires, un statut mal vu dans l’archipel.

La plupart ont toutefois un objectif ambitieux : un mariage prospère. Selon le magazine, 80 % des femmes posent comme condition que l’homme gagne plus de 6 millions de yens par an (49 000 €). Et 55 % exigent qu’il touche plus de 8 millions de yens (65 000 €).

Or, en 2007, seuls 30 % des hommes gagnaient plus de 6 millions de yens par an et seulement 15 % plus de 8 millions. La proportion diminue pour les hommes jeunes et célibataires.

« Les agences matrimoniales ne sont pas mal perçues »

La recherche de l’âme sœur passe dès lors souvent par des organismes spécialisés. « Les agences matrimoniales ne sont pas mal perçues ici, remarque Mlle K.

Elles dispensent des formations pour chercher un mari. Si ça marche, pourquoi pas ? » La question de l’efficacité des recherches est cruciale.

Le magazine Aera évoque le cas de l’agence Executive Course qui aide ses clientes à cibler leurs recherches selon le secteur d’activité désiré.

Ainsi, des femmes de dentistes, de cadres de grande entreprise ou d’architectes, viennent partager leur expérience, distiller les conseils qui permettent de faire mouche. Coût de la formation : 500 000 yens (4 000 €).

« Ces montants sont raisonnables, explique une mère de famille. Il n’est pas possible d’ignorer la santé financière du couple : 6 millions de yens annuels ne sont pas de trop pour vivre à deux et éduquer un enfant. Et pour en avoir deux… il faut plus. »

Dans ce pays où rien n’est fait pour aider les familles à grandir, la question du coût annuel de chaque rejeton est récurrente, et la presse en fait largement l’écho.

Après le mariage, le bonheur ?

La revue de presse francophone L’Hebdo du Japon citait en octobre 2008 le magazine Toyo Keizai : « Le coût moyen des études d’un enfant s’élève à 10 240 000 yens (81 000 €) de son entrée au lycée à sa sortie de l’université, soit sept années scolaires. » Les montants sont plus importants pour les élèves des établissements privés.

Un coût difficile à supporter pour les familles japonaises, d’autant que les femmes travaillent peu.

Une employée quadragénaire raconte : « Ma fille a 12 ans. Je suis une des seules mères de sa classe à travailler. Les réunions de parents d’élèves se déroulent l’après-midi. J’ai deux enfants et je n’ai pas assez de jours de congés pour assister à toutes ces rencontres. Alors je n’y vais pas, et les autres mères me jugent mal. »

Après le mariage, le bonheur ? Peu d’amour en tout cas.

Le Toyo Keizai indique, dans une autre étude, que 39 % des hommes souhaitent passer plus de temps avec leur épouse. Quid des 61 % restants dans un pays où les heures supplémentaires ne se comptent pas ? Pire, la part de femmes souhaitant voir davantage leur mari diminue : elle est passée de 35 % à 26 % en vingt ans.

Gilles de LESDAIN ( Tokyo )

Pères, divorcés et privés de leurs enfants

Journal LIBERATION, Monde 12 janv. 6h51

http://www.liberation.fr/monde/0101311066-peres-divorces-et-prives-de-leurs-enfants

Pères, divorcés et privés de leurs enfants

Japon. La législation de l’archipel favorise les mères. S’il y a séparation, l’époux n’a pas de droit de visite.

KAZO (préfecture de Saitama), envoyé spécial MICHEL TEMMAN

«Je veux juste voir Marie-Anne, juste lui parler. Ma fille est privée depuis cinq ans de tout contact avec sa seconde famille, autant qu’avec son second pays et sa seconde culture.» Ses cadeaux de Noël sous le bras, Jacques Colleau marche vers la maison où vit son unique enfant de 8 ans, depuis, dit-il, son «kidnapping brutal par sa mère, à l’été 2003». La villa est au bout d’une ruelle de Kazo, une petite ville cerclée de rizières, au nord de Tokyo. Là vit son ancienne épouse depuis qu’ils ont divorcé, il y a cinq ans. Comme un million de pères japonais et des milliers d’étrangers (dont une cinquantaine de Français), Jacques Colleau est privé de contact avec son enfant.

«Enfants démolis». Cet homme d’affaires de 50 ans a apporté de France un coffret de peinture, une cassette de dessin et un jeu de maquillage. Il espère voir sa fille, comme lors de chaque voyage. Jacques aperçoit Marie-Anne dans le jardin, qui part prévenir sa mère de sa venue dans la maison protégée par un système de sécurité. Le visage fermé, la mère apparaît et s’approche. Elle écoute son ex-époux la supplier de songer «à l’intérêt supérieur de [leur] fille.»fille Très vite, le grand-père hurle à sa fille d’appeler la police. La mère finit par prendre les cadeaux, mais refuse, comme à l’accoutumée, que l’enfant voit son père. Défait, Jacques Colleau s’en va. «C’est sa fille qui ne veut pas le voir. Quand son père vient, cela la dérange. Elle part pleurer dans sa chambre», soutiendra la mère, un peu plus tard, alors qu’une patrouille de police passera tout près, gyrophare allumé.

«Les enfants dans le cas de Marie-Anne sont démolis par la privation brutale d’un père aimant, autant que par l’aliénation de la mère dénigrant le parent absent, avance Colleau, également responsable de l’association française SOS Papa. Le syndrome de Stockholm fait que ces enfants prennent, à terme, le part i du kidnappeur !» Naoya Wada, avocat à Tokyo, précise : «Ce n’est pas un problème de nationalité, mais un casse-tête juridique. En cas de divorce, le droit de la famille japonais donne le plein pouvoir aux mères. En termes de droits, le père n’a plus guère de recours.»

Archaïsme.Le soutien psychologique aux parents divorcés est aussi sous le feu des critiques. «Au Japon, seule la mère nommée tutrice de l’enfant après enlèvement est généralement reçue après un divorce, en lieu et place des deux parents, par le psychologue qui va intervenir sur l’enfant déstabilisé par la perte brutale du père, c’est une absurdité», estime Akiko Ohnoghi, une psychothérapeute japonaise.

Or, estime Aurélia Mestre, une psychanalyste française spécialiste de la petite enfance, «des enfants privés d’un de leurs parents, de manière aussi brutale et définitive que le permet le système japonais, ne pourront développer leur identité de façon harmonieuse». L’archaïsme du droit japonais de la famille est largement en cause. «En cas de rapt parental, ajoute Colleau, les juges confient sans états d’âme la garde de l’enfant au parent kidnappeur jusqu’à sa majorité [20 ans au Japon, ndlr]. La justice nippone ne considère pas l’enlèvement d’enfants par un parent comme un crime. Quant au droit de visite, il n’est même pas inscrit dans le code civil du Japon, il n’existe pas et n’est donc pas applicable.» La conciliation signée en 2003 devant un juge japonais entre la mère et Jacques Colleau octroyait pourtant à celui-ci des droits de visite. Faute d’en bénéficier, il a engagé une procédure, actuellement en cassation, pour faire reconnaître la compétence juridique de la France dans ce dossier.

Dans l’archipel, 166 000 enfants, selon des chiffres officiels, sont chaque année privés d’un de leurs parents (de leur père, en général). A Tokyo, une vingtaine d’associations japonaises et étrangères, comme SOS Parents Japan, dénoncent, en matière de droit familial au Japon, un système judiciaire «digne d’une dictature de pays sous-développé».

Little hope for Japan’s forsaken fathers

Sydney Morning Herald, December 8, 2008

http://www.smh.com.au/news/world/little-hope-for-japans-forsaken-fathers/2008/12/07/1228584656277.html?page=fullpage#contentSwap1

Denial of child abduction as a crime is hurting those left behind, writes Justin Norrie in Tokyo.

FOUR years ago George Obiso’s former wife took his two young sons on a six-week holiday to Japan and never came back.

Mr Obiso, 42, still recalls anxiously watching the clock in his Gold Coast home as he waited for their mother, Sachi Shimada, to return them on the designated day.

« I waited and waited. I kept listening out for their voices at the door, but they never came. Sachi had no intention of ever bringing them back, » says Mr Obiso, of Southport, who had split from his Japanese wife the previous year after she became depressed and withdrawn.

« Her family moved out of their Yokohama home, disconnected the phone and disappeared somewhere into Japan, so I couldn’t find them or even talk to my sons.

« It’s been four years. I’ve missed a large part of their childhood and I’m starting to doubt I’ll ever see them again. It’s been a horrible, horrible nightmare. »

Even if he found Anthony, now 12, and Jorge jnr, 8, Mr Obiso would be unlikely to get much sympathy from Japan’s family law courts. For almost 30 years, Japan has resisted pressure from other Group of Seven nations to sign the 1980 Hague Convention on the Civil Aspects of International Child Abduction; as such its judiciary does not recognise parental child abduction as a crime.

Mr Obiso is one of hundreds of « left-behind » parents from international marriages whose children have been abducted by a spouse who in effect enjoys immunity in Japan from prosecution by local authorities.

The Hague convention, which has been signed by every other developed country, requires the « prompt return of children who have been abducted from their country of habitual residence ». Since it took effect, foreign parents have spent millions of dollars working their way through Japan’s bureaucratic court system in an effort to see their children again and take them home. No court has ever ruled in their favour.

Many more Japanese parents have been affected. There is no tradition of dual access, so when parents separate, one gets custody while the other typically never sees the children again.

Colin Jones, a professor at Doshisha University Law School in Kyoto, believes that Japan is essentially « a haven for parental child abduction ». This is largely because Japanese courts are entrenched in a national bureaucracy whose goal is to ratify « the status quo, particularly in child custody and visitation cases, where courts have few, if any, powers to enforce change ».

Because there is no substantive law defining the best interests of the child in cases of parental separation, ratifying the status quo invariably means deciding in favour of the parent who already has custody.

The problem is compounded in cases where there are allegations of abuse, as Paul Wong can attest. After the death of his Japanese wife, Akemi, from cancer in 2005, the US lawyer, 42, left his daughter Kaya, now 5, with her maternal grandparents in Kyoto and made fortnightly visits from Hong Kong, where he was working, while he looked for a job in Tokyo.

« I promised my wife before she died I would make sure Kaya knew her Japanese cultural heritage and her grandparents, so I decided to honour that and live with her in Japan, » he says. « Just as I was about to move to Tokyo, Akemi’s parents hit me with a lawsuit alleging I had sexually assaulted my own daughter. The lawsuit was full of so many crazy, disgusting lies. Akemi’s friends told me they blamed me for her death, and that’s why they wanted to take Kaya away. »

The court found the claims could not be substantiated by evidence, but ruled that custody should be given to the grandparents anyway.

« This has done irreparable harm not just to me, but to a sweet, innocent child, » says Mr Wong. « It’s gut-wrenching, but I simply can’t give up hope. »

Japanese family lawyers say allegations of sexual assault and domestic violence are common in parental child abduction cases. In a recent article in Mainichi Shimbun, a prominent family lawyer, Kensuke Onuki, said he opposed Japan signing the convention because « in more than 90 per cent of cases in which the Japanese women return to Japan, the man is at fault, such as with domestic violence and child abuse ». Whereas women can’t easily provide evidence of the abuse, he says, the men rarely have trouble drumming up attention in the media.

For fathers like Mr Wong, this claim « is insulting. It simply doesn’t make sense. If it’s the voices of foreign fathers that get heard, then why is it that not one foreigner has had his child returned to him? Not one – ever. »

« A lot of people are getting fed up with the way Japan is running around the world lobbying for diplomatic support over the few Japanese abductees to North Korea, when the country is permitting hundreds of its own citizens to do the same thing to foreign parents in broad daylight. »

In September, after a newspaper report claimed Japan would sign the convention as soon as 2010, the Australian embassy in Tokyo sent a « formal government-to-government communication … commending them and offering assistance, » an embassy official said.

But Japan’s Foreign Ministry subsequently distanced itself from the report. A spokesman said the Government was still considering signing the convention but had not made a decision.

Au Japon : 3e Noël sans Papa pour un enfant volé !

R. a neuf ans. Il est silencieux. Il n’a pas droit à la parole.
Il y a deux ans et quatre mois, sa mère japonaise l’a enlevé pendant que son père français était allé en France soigner sa mère âgée. L’histoire se passe au Japon, un pays très moderne et très avancé, où les voleurs d’enfants sont protégés par la loi et les tribunaux.

Depuis son enlèvement, R. vit chez ses grands-parents avec sa mère. Elle l’a fait changer d’école, quitter tous ses copains, sa maison ensoleillée entourée de forêt sur les hauteurs de la ville, et surtout son papa qui l’aime tant et qu’il aimait tant. Son nouveau quartier est le plus triste de Kyoto, au sud de la gare, où les entrepôts et le trafic des camions et leurs gaz ont remplacé l’air pur et les chants d’oiseaux sur le chemin de l’école. Sa chambre est devenue bien petite, et les vitres dépolies des fenêtres limitent son univers, les jours et les heures sans école, à l’intérieur d’une maison dont la seule ouverture de lumière est un minuscule jardin intérieur, métaphore d’une famille tronquée et repliée sur elle-même.

Le papa de R., voulant éviter tout nouveau traumatisme pour son fils, a choisi, trop confiant en la justice locale, de ne pas aller reprendre de force son enfant et de respecter la voie légale. Il a déposé au tribunal une demande de retour de l’enfant au domicile familial, domicile qui est toujours le sien. Ses avocats lui ont conseillé de ne rien faire sinon d’attendre la décision du juge. Depuis 28 mois, sa demande est toujours en cours d’examen…Et l’enfant grandit sans père.

Malgré ses demandes continuelles de visites, le père et le fils n’ont pu se voir, montre en main, que 54 heures depuis la séparation, survenue en août 2006. Durant les 18 derniers mois, pour les rares fois où la mère n’a pas refusé les visites, celles-ci n’ont pas duré deux heures et se sont passées en présence de la mère et des avocats des deux parties — conditions très propices à un maintien du naturel dans les relations père – enfant ! On ne peut pourtant imputer au père aucun acte de violence à l’encontre de l’enfant ni de la mère pour justifier de ces conditions imposées par celle-ci. Et si la plupart du temps, la mère a pu refuser les visites, c’est pour la simple raison que le « droit de visite » n’est pas stipulé dans la loi japonaise. En fait, ce droit existe depuis avril 2001 en Chine, pays qui a la réputation de ne pas respecter les Droits Humains, mais pas au Japon, qui comme chacun sait, est une démocratie.

En France, le fait de refuser volontairement de présenter l’enfant mineur à l’autre parent (exemple : ne pas ramener l’enfant après un week-end à celui qui en a la garde, refuser un droit de visite) est un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

« Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà »  a bien écrit Blaise Pascal.

Le Japon a pourtant signé le 22 avril…1994 (ce n’est pas d’hier !) la Convention relative aux droits de l’enfant (CRC), dite « Convention de New York », qui établit, dans son Article 9-3., que « Les Etats parties respectent le droit de l’enfant séparé de ses deux parents ou de l’un d’eux d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant. (Nous soulignons).

Mais jusqu’à ce jour (et depuis 14 ans), cet article de la convention n’a pas eu d’effet. Au Japon, l’appréciation de l’intérêt supérieur de l’enfant est laissé à la discrétion du parent kidnappeur, c’est-à-dire que, dans les faits, les droits de l’enfant sont entièrement soumis à son arbitraire.
Rappelons que le Japon est le seul pays du G8, avec la Russie, à ne pas avoir encore signé Convention de La Haye sur les aspects civils des déplacements illicites d’enfant. Ainsi, l’enlèvement parental peut continuer à y être licite et le parent kidnappeur y peut couler des jours tranquilles, bénéficiant de surcroît de la protection du tribunal. Car au bout de six mois de résidence de l’enfant à son nouveau domicile — celui du parent kidnappeur — ce domicile est considéré comme le vrai et le seul domicile de l’enfant. Et si son autre parent vient l’y reprendre, c’est lui qui sera alors inquiété par la justice et la police. Cela a l’air d’une histoire de fous. Ce n’est hélas qu’une histoire vraie et…japonaise.

Revenons à notre petit garçon. La dernière visite avec son papa remonte au 3 mai 2008. C’était pendant le Goldenweek, la « semaine d’or ». Il était impossible, à cause de l’affluence, de réserver plus d’une heure la « party room » d’un restaurant familial imposé par la mère pour les visites. Ce restaurant ne comporte, en effet, qu’une sortie, et il est défendu au père et à l’enfant d’aller dehors. Le père et le fils ne s’étaient plus vus depuis 3 mois. Comme presque toujours, R. et sa mère sont arrivés au rendez-vous avec plus d’un quart d’heure de retard (qui n’est généralement pas rattrapé, mais plutôt assorti d’un départ anticipé). Au bout de 40 minutes, il leur a fallu, comme prévu, quitter la salle. Le père raconte :

« J’ai alors proposé à mon fils (nous jouions tant bien que mal à la balle dans la petite salle de restaurant de 3 mètres sur 4) d’aller continuer à jouer, en présence de sa mère et des avocats dans le petit parc voisin, que nous avions repéré avec mon avocat avant la visite. Mon fils m’a alors dit « Ce n’est pas possible ». Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a alors répondu : «

—    Parce que j’ai honte qu’on nous voie ensemble. J’ai honte de toi.
—    Mais pourquoi ?
—    Parce que tu es étranger.
—     (!!!) Parce que je suis Français ? Mais toi aussi, tu es Français. Français et Japonais.
—    Je sais, mais personne ne sait que j’ai un père français.
—    (!!!)
—    Si mes copains le savaient, je serais sans doute maltraité. Je ne veux pas qu’on nous voie ensemble. »

Estomaqué, je lui ai demandé de confirmer cela devant mon avocat, puis devant l’avocate de ma femme. Prenant sans doute conscience du sordide d’avoir honte de son père pour cela, il a fondu en larmes. L’avocate de ma femme a aussitôt exploité la situation, en me chargeant de la responsabilité de l’incident. Il n’a plus été moyen de continuer la visite, qui s’est interrompue au bout de la première heure, sans que mon épouse accepte de fixer un nouveau rendez-vous. Depuis, les visites sont refusées sous prétexte qu’elles perturbent l’enfant. Mon avocat a envoyé une protestation à la partie adverse pour discrimination raciale et contrainte de l’enfant — celui-ci étant forcé par sa mère et sa famille japonaise de dissimuler ses origines étrangères. Cette plainte n’a eu aucune conséquence et a été ignorée par le juge »

L’été a passé. Les rendez-vous téléphoniques des mercredi et samedi soirs, décidés entre le père et le fils quelques semaines après la séparation et maintenus jusque-là tant bien que mal avec irrégularité (et sous écoute et surveillance de la mère) — généralement, le téléphone de la famille de la mère ne répond pas, ou bien le grand-père répond sèchement que l’enfant est absent (!) et raccroche violemment — deviennent alors impossibles. On ne répond plus.
Au début du mois de septembre, le Consul de France à Osaka et le Consul adjoint ont rencontré l’avocate de la mère de R., dans le but de l’inciter à convaincre sa cliente de permettre un maintien des relations entre R. et son père. L’avocate a assuré les diplomates français que sa cliente ne s’opposait en aucune façon aux visites (!) et que le maintien de l’identité française de R. lui tenait à cœur (!!! : l’enfant, qui parlait français couramment avant la séparation, a été privé par sa mère de tout contact avec la communauté française et avec l’enseignement du français, et a ainsi complètement oublié la langue de son père. Aujourd’hui, il ne comprend plus un mot de français). Ces belles paroles de l’avocate de la mère ont été accueillies avec satisfaction par les deux diplomates… Mais depuis cette entrevue, comme le père de R. s’y attendait, rien n’a changé.

Noël arrive. Le papa de R. qui a perdu son principal emploi en avril et survit tant bien que mal — son ex-femme, qui refuse de travailler, a obtenu du juge, au titre de pension alimentaire, la saisie de la moitié de son maigre salaire actuel — utilise ses derniers deniers du mois pour acheter des cadeaux pour son petit garçon. Il compte bien les lui remettre en mains propres, car plusieurs de ses envois précédents n’ont jamais reçu la moindre confirmation de réception de la part de R. Il demande une visite, même très courte, avant le 24 décembre : refus de la mère. Motif : avant le 24, ce n’est pas possible, le soir de Noël, nous sommes invités à une partie, et le 25, nous serons absents. Les jours suivant Noël, nous ne serons pas libres. De plus, « l’enfant ne désire pas vois son père ». On connaît la chanson !

Pourtant, au début du mois d’octobre, le téléphone a sonné chez le papa. Une petite voix, faible et inquiète, lui dit, en japonais, « Bon anniversaire Papa ! ». R. a téléphoné en cachette, sa voix est sourde : il craint d’être surpris. La conversation ne dure pas. Mais le papa sait que son petit garçon ne l’oublie pas et le garde dans son cœur. Pourtant, quelle misère pour cet enfant de devoir se cacher pour accomplir une chose si naturelle : souhaiter son anniversaire à son papa !

Étrange, donc, au regard de cet appel téléphonique, que l’enfant « n’ait pas envie de voir son père ». C’est bien sûr la version de la mère. Car l’enfant n’a pas l’honneur d’être écouté. Au Japon, le juge ne rencontre pas l’enfant lors d’une procédure de divorce. Il laisse ce soin à l’enquêteur du tribunal des affaires familiales. Celui-ci a rencontré R. une seule fois, quelques semaines après la séparation. Il a fait son rapport au juge, mais le papa de R. n’a jamais pu en connaître le contenu : « secret défense », sans doute…
Depuis, le papa a demandé que l’enquêteur revoie l’enfant, car la situation s’est dégradée, les relations père fils sont devenues inexistantes. Sans ordre du juge, l’enquêteur ne bouge pas. Et le juge a refusé d’ordonner une nouvelle enquête. Depuis deux ans donc, on ne sait pas ce que pense et ressent l’enfant de cette privation de présence paternelle. Mais, sans doute cela dérangerait-il le cours du procès de le savoir. Il faudrait en tenir compte et cela risquerait d’enrayer la machine bien huilée de protection du statu quo : « l’enfant est dans la famille de sa mère japonaise, et cela suffit à son bonheur ». En se bouchant les yeux, et en protégeant leurs nationaux kidnappeurs, les tribunaux japonais cherchent avant tout à protéger leur tranquillité.

Finalement, tout cela n’est pas très étonnant dans un pays où les yakusa (la mafia) ont pignon sur rue.

Achille

——-

Source : http://france-japon.net/2008/12/25/au-japon-3e-noel-sans-papa-pour-un-enfant-vole#more-1586

Street Demonstration of Oyakonet : Part II

離婚後の親子の交流を実現するデモPart2

今年の7月に引き続き、離婚後の親子の交流、
共同親権などを求めてデモを行ないます。
みなさん、ふるって参加下さい。鳴りもの、派手もの歓迎です。

■日時 10月26日13時集合13時半出発
■場所 恵比寿公園(渋谷区恵比寿西1−19−1 恵比寿駅西口下車徒歩5分)

青山子どもの城に向けて

■主催  親子の面会交流を実現する全国ネットワーク
連絡先 042−573−4010 (スペースF)

THE STREET DEMONSTRATION
to establish parenting rights after divorce -part 2

We will have another street demonstration in Tokyo since
the first demonstration in July.
Please come and join us!
Music, Dancing and other performances are welcome !

When: Oct 26th, 2008 meet at 1:00 pm/ start at 1:30pm.
Where: Meet at Ebisu-Kouen,
Shibuya and walk to Kodomo no Shiro (Children’s Castle), Aoyama.

※Ebisu-Kouen (1-19-11 Ebishu Nishi)

5 minutes walk from Ebisu-Station West Exit. MAP

Who: The Nationwide Network for Realizing Vistation in
Japan ( The Oyako-Net)
Tel 042-573-4010 (Space F)
Source : http://blog.goo.ne.jp/oyakonet

Technorati Profile

Custody battles : an unfair fight (Japan Times)

Copyright Japan Times
Article original ICI.

Tuesday, Aug. 12, 2008

THE ZEIT GIST
Custody battles: an unfair fight

By MICHAEL HASSETT

« Sport at its best obliterates divisions between peoples, such as ostentatious flag-waving and exaggerated national sentiment. » New York Times senior writer Howard W. French — who has covered China for the past five years, was Tokyo bureau chief from 1999 to 2003, and has lived overseas for all but 3 1/2 years since 1979 — made this astute observation last month after staying up most of the night in Shanghai to watch the remarkable five-set Wimbledon final between Spain’s Rafael Nadal and Switzerland’s Roger Federer.

Only four days into the long-awaited Beijing Olympics, we can only lament the regression that has taken place after only a month and will most certainly intensify over the next 12 days, in what media often infuses into our very beings as « us vs. them. » Unfortunately, here in Japan, it is not only the media that eagerly participates in this engine of propaganda — it’s the education system itself.

As many may know, in response to new curriculum guidelines introduced in the 2002 school year that included the fostering of « feelings of love for one’s country » as an objective for sixth-grade social studies, students at a number of public elementary schools around the nation have since been subjected to evaluations on their love for Japan. Moreover, in December 2006 this country’s basso ostinato of excessive pride bordering on jingoistic fanaticism ground on as the ruling bloc in the Diet forced through revisions to the Fundamental Law of Education by removing a reference to « respecting the value of the individual » and instead calling on schools to cultivate in students a « love of the national homeland. »

But what impact does this have on families here in which one parent is Japanese and the other is not? A relationship between individuals from different countries will generally experience great friction when one or both of the partners remain more committed to their nationality than they do to their spouse — in other words, when they are more married to their country than they are to each other. And this can become exacerbated when children are encouraged to side with one country or the other. Or, in Japan’s case, taught to love Nippon and then graded on patriotism.

One year ago, The Japan Times (Zeit Gist, Aug. 7) printed some findings of mine that showed that there is a 21.1-percent likelihood that a man who marries a Japanese national will do the following: create at least one child with his spouse (85.2 percent probability), then divorce within the first 20 years of marriage (31 percent), and subsequently lose custody of any children (80 percent). And in a country such as Japan — one that has no visitation rights and neither statutes nor judicial precedents providing for joint custody — loss of custody often translates into complete loss of contact, depending on the desire of the mother.

And if this figure is not startling enough, this year’s calculation using more current data would leave us with an even higher likelihood: 22 percent. Having this information, we must now ask a question that most of us would dread presenting to a friend in a fog of engagement glee: Is it the behavior of a wise man to pursue a course of action that has such a high probability of leaving your future children without any contact with their own father?

Most of us enter a marriage with the realization that divorce is a possibility. Of course, we don’t hope for a breakup, but we accept that unions do occasionally dissolve, and heartbreak — usually temporary — will often result. However, do we ever enter marriage thinking beyond our own selves to the realization that there is a substantial likelihood that our own children — our personal flesh and blood — will be ripped from our lives? Doubtful. But in this country, this loss happens to one in every four fathers. Does it happen more to non-Japanese men? Most likely not. The divorce-to-marriage ratio for relationships between Japanese women and foreign men was nearly 39 percent in 2006. For the entire nation it was 41 percent.

And non-Japanese women married to Japanese men should not rest too comfortably either. Their divorce-to-marriage ratio was over 38 percent in 2006. And even though mothers are usually awarded custody of children, it has been widely reported that foreign parents here in Japan are almost never successful in custody claims, and even if the foreign parent is lucky enough to eventually be granted custody, effecting such a court order may prove very difficult because law enforcement generally prefers to remain uninvolved in these complicated, emotion-filled cases. According to Colin P. A. Jones, a professor at Doshisha Law School in Kyoto, « family courts will usually do what is easy, and giving custody to the Japanese parent is usually going to be easier. »

David Hearn, director of « From the Shadows » ( www.fromtheshadowsmovie.com ), a documentary in production about child abduction by parents and relatives in Japan, says that he has so far come across only two cases in which non-Japanese had physical custody going into divorce proceedings and received custody at the ruling. And in one of these two cases, the Japanese parent did not put up much of a fight for the children.

According to Hearn, « Whoever has the children when proceedings begin gets sole custody of the children in virtually every case. It’s then easy to understand why parents do such cruel things to each other, and the kids, to get physical custody before divorce is petitioned for and custody is decided in family court. »

Now, when criticism of Japan or the Japanese system is presented, two forms of rebuttal are common: 1) It’s just as bad or worse elsewhere (as if this somehow justifies poor conditions here); or 2) It has never happened to me (as if a pattern can’t exist unless that particular person is part of it).

When it comes to comparisons of countries, the United States is generally one that is used as a benchmark. And the likelihood of the above progression — from marriage to parenthood to divorce to loss of custody — is slightly greater, at 25.9 percent, in the United States. However, joint custody has become an integral part of U.S. society, and even though 68 percent of mothers receive both sole legal and physical custody in a U.S. divorce, a man who truly desires custody and makes the effort to obtain such is usually going to be accorded some form of it.

As for the second type of criticism — it has never happened to me — well, good for you! Me neither.

So, what is a foreigner deeply in love with a Japanese national and eager to make little Himes and Taros to do? Residing outside Japan is probably the best option. Japan has yet to sign the Hague Convention on the Civil Aspects of International Child Abduction, but is reportedly planning to do so by 2010. For the most part, overseas courts would accord greater protection of custodial rights for both parents. And we can only hope that changes that will need to be made to comply with this treaty will encourage alterations to law that will encourage the introduction of joint custody here in Japan.

But as we continue through this Olympic week and into the next — weeks that are sure to be filled with intense, core-emanating, possibly desperate cries for the success of ‘ol « NI-PPON, » followed by tears that deprive one of breath, or jubilation that rivals life’s greatest climaxes — perhaps we should review the intended purpose of these games, as exemplified in the Olympic Creed: « The most important thing in the Olympic Games is not to win but to take part, just as the most important thing in life is not the triumph but the struggle. The essential thing is not to have conquered but to have fought well. »

This creed could also apply to marriage, parenthood and divorce. There is a reason why pride is one of the seven deadly sins: When winning takes precedence in any of these joint endeavors, a great mess is usually left by the one who has triumphed and conquered, and the remaining institution is left blackened. Those in mixed marriages would be wise to tread carefully during these Olympic weeks. Or better yet, cheer for Iceland!

Au Japon, la garde partagée est un combat

(Japanese translation below)

Reportage
Au Japon, la garde partagée est un combat
LE MONDE | 28.07.08 | 14h25 • Mis à jour le 28.07.08 | 14h55

TOKYO CORRESPONDANCE

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/07/28/
au-japon-la-garde-partagee-est-un-combat_
1077872_3216.html#ens_id=1077966

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element
/0,40-0@2-3216,50-1077872,0.html

« Il y a deux ans, alors que j’étais au travail, mon épouse a quitté la maison avec notre fils de 1 an et 9 mois. La dernière fois que j’ai vu mon enfant, c’était en janvier, pendant une heure. » Comme ce Japonais désireux de conserver l’anonymat, quelque 166 000 parents, japonais ou étrangers, sont chaque année privés du droit de voir leur(s) enfant(s) après une séparation. En cause : une justice qui fonctionne encore sur des principes d’organisation familiale hérités de l’ère Meiji (1868-1912), qui ne reconnaît ni le droit de visite ni le partage de l’autorité parentale et ne considère pas l’enlèvement d’enfant par l’un des parents comme un crime.

« Dans la situation juridique actuelle du Japon, le parent le plus prompt à emmener les enfants avec lui en obtient la garde », explique, dans un document sur le droit parental au Japon, Richard Delrieu, professeur à l’université Kyoto-Sangyo, lui-même privé de son enfant et président de l’association SOS Parents Japan. « Le kidnapping est toléré par le tribunal, ajoute-t-il. Après six mois de résidence des enfants à leur nouveau domicile, le parent kidnappeur prend un avantage juridique sur l’autre parent, déterminant pour l’attribution de la garde. »

La pratique est si ancrée qu’elle dépasse parfois le cadre du couple. « Ma femme a succombé à un cancer il y a deux ans, se souvient Paul Wong, un Américain. Depuis, ma fille vit chez mes ex-beaux-parents. Quand j’ai essayé de la récupérer, ils m’ont attaqué en justice. » Le tribunal s’est prononcé en faveur des beaux-parents, et M. Wong s’est vu privé de son droit parental.

Ces privations concernent parfois des mères. Masako Aeko ne sait pas où habitent son ex-mari et son fils de 13 ans, rentrés au Japon après un divorce – assorti d’une garde partagée – réglé devant la justice au Canada, où la famille résidait.

Mais dans 80 % des cas, c’est le père qui perd tout contact avec son ou ses enfants. Une situation vécue par Steven Christie, un Américain séparé – mais non divorcé – de sa femme japonaise et qui n’a pas vu son fils depuis trois ans hors des tribunaux. « J’ai pu passer une heure avec lui dans une salle du tribunal des affaires familiales de Tokyo, sous vidéosurveillance, raconte-t-il. Je n’avais pas le droit de poser de questions. Si je l’avais fait, mon fils avait pour instruction de ne pas répondre et l’entretien aurait été interrompu. »

Ces situations, où sont contredits les devoirs élémentaires du mariage (vie commune et assistance mutuelle) et où l’abandon de domicile avec un enfant n’est pas considéré comme un enlèvement, témoignent du vide juridique existant au Japon. « Le problème est que la loi sur la famille est conçue pour respecter l’autonomie du foyer, explique l’avocat et professeur de droit Takao Tanase. Le droit n’interfère pas dans les affaires du foyer. »

La question de la garde doit faire l’objet de négociations entre les deux époux. Si un accord est impossible, le tribunal devient l’ultime recours. Mais il fonde ses décisions sur le principe – inscrit, lui, dans le droit japonais – d’un seul parent détenteur de l’autorité parentale en cas de divorce.

Ce principe est un héritage de l’ère Meiji. « Après 1868, la nouvelle forme légale de la famille a renforcé son aspect patriarcal », écrivait, en 1984, Kenji Tokitsu dans les Cahiers internationaux de sociologie. Elle a été remplacée en 1945 par une « structure égalitaire » restée « en décalage avec la pratique ». Dans ce contexte, l’accent est toujours mis sur la « continuité et le maintien de la famille ». En cas de divorce, l’un des parents sort de la famille, de la « maison » – « uchi », en japonais – et crée, de fait, un deuxième « uchi », sans rapport avec son ancienne maison.

« En Occident, l’intérêt supérieur de l’enfant est de voir les deux parents, note Thierry Consigny, conseiller de l’Assemblée des Français de l’étranger. Au Japon, il est de vivre dans une maison de manière stable. » La signature, en 1994, par Tokyo, de la convention de New York sur le droit des enfants à voir les deux parents n’a rien changé.

Le droit de visite, qui n’apparaît que dans la jurisprudence, reste difficile à faire admettre. « Quand j’ai essayé d’imposer, comme condition d’acceptation du divorce, le droit de pouvoir rencontrer mon fils deux fois par mois, raconte un Français d’Osaka, j’ai senti une évidente incompréhension de la part du comité de conciliation et de mon ex-épouse. »

« Au cas où il est attribué par le tribunal au moment du divorce, souligne M. Delrieu, ce droit n’excède généralement pas une visite par mois. » Il est accordé dans 20 % des cas, mais le vide juridique et l’impuissance des tribunaux japonais permettent au parent qui assure la garde des enfants de le refuser.

Ces problèmes commencent à susciter des réactions, notamment de la part de parents japonais. La société nippone a évolué et l’implication grandissante des pères dans l’éducation des enfants rend la séparation plus douloureuse.

L’autre facteur est la pression des pays étrangers, conséquence de la forte progression des mariages mixtes (44 701 en 2006, contre 27 727 en 1995) et des séparations dans plus de 40 % des cas. Le nombre d’affaires d’enlèvements – souvent suivis de demande de dommages et intérêts, voire de la négation de la culture du parent étranger – recensé par les consulats des pays européens et d’Amérique du Nord atteint 159, dont 40 aux Etats-Unis, 30 en Grande-Bretagne et 20 en France, mais il pourrait y en avoir beaucoup plus.

Le département d’Etat américain signale dans ses conseils aux voyageurs allant au Japon qu’à sa connaissance, « il n’existe aucun cas d’enfant enlevé aux Etats-Unis par un parent ayant pu y revenir sur ordre d’un tribunal japonais ».

La présidence française de l’Union européenne aurait fait de la question de la non-présentation d’enfants au Japon l’une de ses priorités. Une coordination entre l’Europe, les Etats-Unis et le Canada se mettrait au point.

Avec SOS Parents Japan et l’appui de certains élus, 18 associations japonaises ont manifesté le 13 juillet à Tokyo. Leurs demandes portent notamment sur la signature de la convention de La Haye sur les aspects civils des déplacements illicites d’enfants, l’inscription dans la loi japonaise du droit de visite pour les parents séparés et divorcés ainsi que l’attribution aux tribunaux des affaires familiales de moyens coercitifs pour l’application réelle de leurs décisions.

Le quotidien Asahi signalait, le 10 mai, que la ratification de la convention de La Haye pourrait intervenir en 2010. Le ministère de la justice ne confirme pas.

Tamiko Nakamura, avocate membre du Comité sur la législation familiale, ne se montre guère optimiste. « Je ne pense pas que la société japonaise soit prête à évoluer sur ces questions, regrette-t-elle. La majorité, y compris au sein de la classe politique et du monde judiciaire, considère toujours qu’une garde partagée augmente les problèmes et perturbe l’enfant. »

Philippe Mesmer

—————————————